Petite histoire des couleurs

« La ville est grise, j’aimerais y retrouver plus de couleurs » (habitante à Nantes Nord). La ville grise, faite de béton, dont la couleur aurait été chassée revient régulièrement dans nos entretiens auprès d’artistes-femmes. Un monde en nuances de gris, noir et blanc, s’oppose à un monde coloré, avec des teintes vives et variées.1

Unité d’habitation de Briey (Meurthe-et-Moselle) – Par Claude Humbert – Own work, CC BY-SA 4.0

Cette distinction n’a pas toujours existé. Le noir et le blanc étaient considérés comme des couleurs à part entière jusqu’à la fin du Moyen Âge. Elles ont été exclues du monde des couleurs suite à plusieurs découvertes.

La première a été l’imprimerie et son développement. Les papiers autrefois écrus, jaunes, s’éclaircissent pour devenir la feuille blanche. Le blanc devient synonyme de vide, d’incolore. L’encre, et les illustrations notamment, sont alors imprimées en noir. Entre le milieu du 15ème et début du 16ème siècle, l’immense majorité des images qui circulent sont devenues des images en noir et blanc, des gravures très lointaines des enluminures colorées du Moyen Âge.2

Ensuite, en 1666, le mathématicien, physicien et astronome anglais Isaac Newton découvre la décomposition de la lumière, le spectre lumineux. Dans sa nouvelle théorie chromatique, le noir est une absence de couleurs et le blanc les contient toutes. Le blanc et le noir cessent d’être des couleurs et finissent par être considérés comme leurs contraires.

Plus tard, la photographie et le cinéma ancrent cette différenciation. Les écrans et téléphones sont actuellement à dominante noirs, pour laisser la couleur à ce qui s’y affiche, de la page blanche à l’écran noir.3

La couleur transmet des représentations et des significations depuis toujours. Par exemple, le protestantisme, qui apparaît au 16ème siècle, fait la guerre aux couleurs vives, considérées comme trop luxueuses, signe de honte et de péché. Les vêtements sont alors dans des tons sombres, noirs, gris et bruns.

Depuis, le jeu d’antagonisme entre des couleurs qui se disent neutres sans l’être puisqu’elles véhiculent bien des idées de minimalisme, de modernité et de richesse, et d’autres vives, parfois perçues comme chaleureuses ou vulgaires, se perpétue au gré des tendances.

  1. Émission, France Culture – Pourquoi la couleur a disparu de notre quotidien ↩︎
  2. Pastoureau Michel, Blanc. Histoire d’une couleur, 2022, Paris, Le Seuil. Pastoureau Michel, Noir. Histoire d’une couleur, 2008, Paris, Le Seuil. ↩︎
  3. Article internet, Colour shape using computer vision to explore the science museum ↩︎